28 février 2011

Sicko (2007) - Michael Moore ou l'art de la controverse

Il y a de cela bientôt 4 ans, j'ai visionné le film-documentaire Sicko (2007) de Michael Moore, dont l'objet est une critique du système de santé américain via une approche comparative. On connaît bien entendu le biais des films-documentaires de Michael Moore, extrêmement scénarisés et très prosélytistes, mais il réussit cependant par ce moyen détourné à soulever des problématiques bien réelles. Et c'est aussi là leur indéniable qualité. Et j'ai tellement été marqué par la démarche critique de l'auteur que je me suis enfin décidé à livrer mon humble analyse (plus longue que prévu initialement).
  • En commençant par analyser premièrement la démarche méthodologie critique de Michael Moore, 
  • je m'intéresse ensuite dans cette analyse à la problématique du système de santé américain dont un des obstacles - idéologique - est la peur irraisonnée de l'Etat socialiste, 
  • dont la France représente finalement un paradigme d'autant plus intéressant qu'il existe un réel ressentiment américain à son égard.


    Sicko ou l'art de la polémique

    Sicko est peut-être le meilleur film-documentaire de Michael Moore à mon goût, principalement du fait de la méthodologie utilisée consistant à démontrer que le système de santé des États-Unis, dont le PIB représente environ un quart du PIB mondial, est moins efficace que les États suivants par ordre de proximité géographique et idéologique : Canada, Grande-Bretagne, France et Cuba.

    ll est peut dire que c'est scandale dans un pays aussi avancé alors que d'autres, peut-être moins avancés, dispose d'un bien meilleur système de santé. Comment ainsi justifier que dans États idéologiquement et économiquement proches des États-Unis (Canada et Grande-Bretagne) dispose d'un meilleur système de santé ? Comment expliquer que des États "socialistes" (France) voire "communistes" (Cuba) un citoyen puisse bénéficier de soins quasiment gratuitement ?

    Ci-dessous, deux séries d'extraits de Sicko permettant d'illustrer l'approche méthodologie de Michael Moore (la France puis Cuba).

    La France et son système de santé "socialiste"

    Dans ces extraits, Michael Moore interview des expatriés américains venus s'installer en France au sujet du système de santé français.





    Cuba et son système de santé communiste

    Le paroxysme de cette contradiction apparente richesse (wellness) des Etat-Unis et la réelle pauvreté de son système de soin est illustré par la présentation des secouriste des attentats du 11 septembre 2001 intervenus dans les décombres du WTC.  Malades en raison des différents composés en suspension qu'ils ont inhalés suite aux attentats, ces "héros" ont des difficultés financières à obtenir des soins abordables. Leurs difficultés sont mises en parallèle avec les soins de qualité prodigués aux prisonniers de Guantánamo, considérés eux par le gouvernement américain comme de "terroristes" et donc en théorie privés totalement de droit civiques.




    Le système de santé américain

    Il faut savoir que le système de santé américain fait souvent objet de débat au sein même des Etats-Unis. Actuellement privatisé, au moins de compagnies d'assurance, il n'existe pas à proprement parlé de "sécurité sociale". Seulement des mutuelles de santé très chères qu'environ un tiers des américains ne peuvent se payer.

    D'où la volonté d'une réforme globale du système de santé par les Démocrates, la volonté d'instaurer une couverture médicale universelle permettant à chacun de bénéficier de soins de santé des plus basiques. Cette réforme a jusqu'à maintenant été plusieurs fois mis en échec par les Républicains, taxant cette réforme de "socialistes" - c'est-à-dire "communiste" au sens où les Américains l'entendent. Rappelons l'idéologie libérale dominante : contre l'interventionnisme étatique, la "main invisible" dixit Adam Smith doit se contenter à elle seule de réguler le marché, la société. Cette diabolisation est d'autant plus aisée du fait du manque réelle de culture politique des citoyens américains. Par "culture politique", n'entendons pas "militantisme" mais capacité à réfléchir de manière critique sur la situation politique en évacuant tout postulat idéologique.

    Ce qui nous amène à un autre débat. La diabolisation du "socialisme" et plus loin de la gestion à la française. Etre "socialiste" aux Etats-Unis est considéré comme réelle tare. Afin de délégitimer une politique, il suffit simplement de la taxer de "socialiste" qui par essence est "antiaméricaine" et aussi "antipatriotique". Pire encore, il suffit de dire de démontrer qu'une politique à quelque chose de "français" pour la délégitimer totalement.

    Bill Maher ou le paradoxe antifrançais

    Si certains Français ont pu être taxé d'antiaméricanisme, certains américians pourraient l'être tout autant d'une certaine francophobie, d'un ressentiment antifrançais qui s'est cristallisé avec les tensions diplomatiques lors de la Deuxième guerre en Irak.

    La francophobie américaine ou le ressentiment antifrançais


    Pour rappel, la France et la Russie, membres permanents de Conseil de sécurité des Nations unies, s'opposèrent le 11 mars 2003 à une nouvelle résolution autorisant l'invasion de l'Irak. Depuis ce jour, les attaques ont fusé. C'est à partir aussi de ce moment que les menus des cafétérias des trois bâtiments de bureau de la Chambre des Représentants des États-Unis auraient changé le nom des french fries (frites françaises, qui est l'appellation normale pour désigner des « frites » en anglais) en freedom fries (frites de la liberté) dans un reproche culinaire adressé à la France.
    Au cours de l'année 2003, un bombardement Google (google bombing) a été utilisé afin que la recherche "French military victories" (victoires militaires Françaises), aboutisse au résultat "Did you mean : French military defeats" (Vous avez voulu dire : défaites militaires françaises), en renvoyant l'utilisateur vers une fausse page d'erreur. La recherche "French military defeats" renvoie  ainsi vers une liste de défaites françaises.

    Quelques préjugés américains antifrançais

    Inspirés de l'article de WikiPédia dédié à cet effet.

    Au sujet des faiblesses françaises :
    • La France est incapable de gagner une guerre seule, en référence aux deux Guerres mondiales
    • La seule guerre que les Français ont gagné, c'est contre eux mêmes, en référence à la révolution française et/ou à la Commune
    Au sujet de la France :
    • La France est un pays socialiste et n'est pas capable de gérer son économie
    • La France est raciste et antisémite en références au Front national et faits divers antisémites
    Etc.

    Bill Maher, pourfendeur américain des préjugés antifrançais

    Bill Maher, un humoriste américain, animateur de télévision et commentateur féru de politique, tourna en ridicule ce sentiment antifrançais grandement utilisé par les Républicains pour manipuler les électeurs.



    Il fait en quelques sortes parti des quelques intellectuels américains, avec Michael Moore, soutenant la validité d'un système politique à la française dont le principal reproche est toujours et encore l'omniprésence étatique financé par un régime de "surtaxation". Comme si l'existence d'un Etat était contraire aux libertés individuelles. Petite démystification et éclairage par Michael Moore.



    Petite victoire française ?

    Mais faut-il réellement diaboliser l'Etat ? Et que dire des  impôts ? En fait, une grande part du manque de discernant des Américains à l'égard de leur propres politiques est le manque de culture politique qui conduit à un monolithisme idéologique. Petite démystification et éclairage par Michael Moore. Cependant, les choses changent et n'est-il pas intéressant de voir le Président actuel des États-Unis, Barack Obama, prendre en exemple le système de santé français pour faire passer au Congrès sa réforme du système de santé américain.

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