10 décembre 2007

Interview d’Axel Dyèvre – Open Source Intelligence (OSINT) en Europe


Axel Dyèvre est co-directeur du Bureau Européen de CEIS (Compagnie européenne d’intelligence stratégique) à Bruxelles, société de conseil en stratégie. Il est l’un des membres fondateur de l’EUROSINT Forum, association de droit belge (ASBL) destinée à la promotion du renseignement sur sources ouvertes au niveau européen.


Vous

IE-L
: Comment avez-vous été sensibilisé à l’intelligence économique ?


Axel Dyèvre
: J’ai été sensibilisé à l’intelligence économique à la suite de la publication du Rapport Martre en 1994. Le concept m’a particulièrement intéressé.

IE-L
: Comment différenciez-vous l’intelligence économique de l’intelligence stratégique ? Et qu’entendez-vous exactement par open-source intelligence ?


AD
: L’intelligence stratégique est un concept un peu plus large que l’intelligence économique qui, comme son nom le laisse entendre, est centrée sur l’activité économique. L’intelligence stratégique va au-delà de cette acceptation et concerne tous les acteurs publics et privés. Accessoirement, et c’est là un avis personnel, l’intelligence économique est un concept qui a engendré beaucoup de débat et de confusion dans les termes. La notion d’intelligence stratégique n’est pas marquée et n’a pas été « politisée ». Elle recouvre tout simplement le conseil en stratégie basé sur le renseignement en sources ouvertes (OSINT). En effet, étant un acteur privé nous sommes donc limités à cette sphère d’action, même si nos habilitations de sécurité nous permettent de travailler sur des dossiers classifiés quand nous travaillons avec les administrations nationales ou européennes.

IE-L : Faîtes-vous le lien avec le lobbying ?

AD
: Le lobbying est l’un des prolongements naturels de l’intelligence stratégique. La capacité de communiquer avec son environnement pour faire passer ses idées est une suite logique.

IE-L
: Que pensez-vous de l’initiative IE-Lobbying.info ?

AD
: Toute initiative visant à mieux expliquer et faire comprendre ce qu’est le lobbying est positive je pense.

Votre profession


IE-L
: La pratique du renseignement en sources ouvertes est-elle développée en Europe ? Qu’en est-il aux Etats-Unis (voir la création de l'Open Source Center ) ?


AD
: Les Etats-Unis ont renforcé leurs capacités dans ce domaine dans les dernières années effectivement. Un adjoint du Director of National Intelligence (DNI) est d’ailleurs spécifiquement chargé de ces questions. Le renseignement en sources ouvertes ne connaît pas encore un tel développement en Europe. C’est d’ailleurs la raison même d’EUROSINT Forum : promouvoir les discussions entre acteurs privés, Institutions Européennes et Etats-Membres sur l’OSINT.

IE-L
: Quelle est la nature, structure et finalité d’EUROSINT Forum ?


AD
: Statutairement, EUROSINT Forum est une association sans but lucratif de loi belge (ASBL) fondée en 2006. C’est une plateforme d’échange entre les acteurs du renseignement en sources ouvertes, qu’ils soient publics ou privé. Adrian Taylor (European School of Governance - Allemagne) en est le président, Caroline Calvez la secrétaire générale (Co-directeur du bureau Européen de CEIS) et moi-même le trésorier. L’association compte plus d’une soixantaine de membres représentant une quarantaine d’organisations (dont environ 60% du secteur public). L’objectif est de promovoir l’utilisation du renseignement en sources ouvertes au sein des organisations étatiques ou privées, mais aussi de produire des grilles de lecture efficicaces permettant d’identifier les outils pertinents à la collecte, l’utilisation et la diffusion d’information. Depuis ses débuts, en septembre 2006, l’association a été très active.

IE-L
: Quels sont les principaux sujets européens sur lesquels EUROSINT Forum est actif ?

AD
: Concrètement, nous avons deux groupes de travail principaux sur deux axes majeurs :

  1. Développement d’une grille de lecture sur les technologies utilisables dans le cadre du renseignement.
  2. Développement d’unMais nous avons également organisé des groupes de travail plus ciblés sur des thèmes qui intéressaient nos membres, comme la radicalisation violente, la sécurité maritime ou encore les questions de taxonomie de l’information.

IE-L : Jusqu’à présent, comment les institutions de l’Union européennes ont-elles accueilli vos travaux (en particulier l’Agence européenne de défense) ?

AD : L’accueil est très positif. Nombre de nos rencontres organisées entre les professionnels du renseignement en sources ouverts sont en effet soutenues par la Commission. La Direction Générale Justice Liberté Sécurité (JLS) et la DG Relations Extérieures (Relex) nous ont aidé et soutenu pour organiser des groupes de travail et des conférences. La prochaine activité est un « Speed Dating » organisé à Bruxelles avec la DG JLS le 19 décembre. L’objectif était de favoriser l’interaction entre fournisseurs (technologie, contenu et services) et utilisateurs, privés ou publics. La DG Entreprises (et notamment l’unité qui gère le programme de recherche en sécurité du FP7) s’intéresse aussi de près à nos activités. Quant à l’Agence Européenne de Défense, elle est devenue membre à part entière de l’association et nous soutient, elle aussi, activement.


Ouvertures

IE-L : L’Union européenne est-elle à même de développer une politique unifiée et cohérente du renseignement ?

AD : En fait, il existe déjà au sein du Conseil un organisme de coopération des différents services de renseignement, sous la direction de William Shapcott : l’EU Joint Situation Centre (SitCen). C’est en quelque sorte le service de renseignement à la disposition du Conseil de l’UE et de Javier Solana [1].Le SitCen a également pour vocation de permettre permettre aux Etats-membres de partager des informations confidentielles, notamment sur le terrorisme. En effet, sa création a répondu pour une bonne part aux attentats terrorists de Madrid, le 11 mars 2004 et s’inscrit dans la Stratégie de Sécurité publiée.

Le SitCen s’intéresse d’ailleurs de très près à l’Open Source Intelligence (il y a une cellule OSINT en interne) et participe à nos activités, tout comme le Bureau Renseignement de l’Etat Major Européen d’ailleurs.

IE-L : Merci beaucoup pour cette interview.


[1] Javier Solana est haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune (PESC), secrétaire général du Conseil de l'Union européenne (UE) et également secrétaire générale de l'Union de l'Europe occidentale (UEO)

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