25 septembre 2007

Interview de Pierre-Yves Debliquy – Quid de l’intelligence économique en Belgique ?

Depuis près d’une décennie Pierre-yves Debliquy est impliqué dans les activités de veille et dintelligence économique. Au sein de Brainsfeed (anciennement Euresis), « spécialisée en intelligence économique, recherches d'information, veilles stratégique, informatique, technologique... », il réalise des missions de veille (accompagnement et recherches) pour des PME et des importantes sociétés industrielles. Par ailleurs, il organise et anime également des formations et séminaires sur le sujet ainsi que sur le thème de la gestion électronique des documents. En 2006, il lance en collaboration avec Christian Vanden Berghen, un blog dédié à la veille, Brainsfeed. Pierre-yves Debliquy est enfin membre fondateur de SIS Belgium (Société d’information stratégique), association belge des professionnels de la veille.


IE-Lobbying : Vous êtes une personnalité de l’intelligence économique en Belgique…


Vous

IE-L : Comment avez-vous été sensibilisé à l’intelligence économique ?

Pierre-yves Debliquy : Progressivement. Sensibilisé d’abord à la gestion des bases de connaissance, ensuite aux technologies de recherche, j’ai peu à peu saisi l’importance capitale des outils de veille et de traitement de l’information. Après diverses expériences professionnelles, je me suis finalement intéressé davantage aux aspects stratégiques inhérents à toute démarche d’intelligence économique.

IE-L : Quelle est votre définition personnelle de l’intelligence économique ?

DYP : Pour ma part, je pense qu’il est important de distinguer l’intelligence économique, du knowledge management et de la gestion documentaire. Si chacune de ces disciplines peuvent se rejoindre sur l’utilisation d’outils automatisés (technologies semblables), elles se distinguent dans leur matière propre.

  • Intelligence économique : collecte et traitement de l’information extérieure à l’entreprise et nécessitant notamment la mise en place d’une cellule de veille
  • Knowledge management : processus de révélation et d’organisation de la connaissance liée aux ressources mêmes de l’entreprise
  • Business intelligence : gestion et organisation des données structurées (entrepôts de données) capitalisées par une entreprise
  • Gestion documentaire : processus de création, d’organisation et de conservation des documents produits par une entreprise
  • Service de documentation : gestion et organisation des livres, brochures, articles… achetés par une entreprise
IE-L : Que pensez-vous de l’initiative IE-Lobbying.info ?

DYP : Il s'agit assurément d'une initiative intéressante, mais manifestement, la pompe semble difficile à amorcer: on y voit peu de contributions. Pourtant, c'est cela qui fera la richesse et la réussite du projet. Le challenge est sans doute de parvenir à mobiliser la communauté de l'IE, qui dans son ensemble a déjà pris des initiatives sur le Web, autour de ce projet commun.


Votre profession, votre activité

IE-L : Quel est l’état du développement de l’intelligence économique en Belgique (marché, formations, blogs, etc.) ? N’est-il pas obscurci par le développement important du marché du lobbying ?

DYP : A l’image de la France, le marché de l’intelligence économique est encore émergent et peu développé. On peut estimer, en Wallonie (région francophone de la Belgique), qu’il existe à peu près 200 personnes actrices de l’intelligence économique. On compte bien sûr quelques grandes entreprises belges qui possèdent ainsi leur propre cellule de veille, ainsi que quelques prestataires de services privés et des indépendants. Par ailleurs, je dirais que l’offre en document management se concentre plutôt en Flandre, tandis que les services en knowledge management et en intelligence économique se concentrent davantage sur Bruxelles. Concernant l’offre de formation, elle est réduite pour le moment à la gestion documentaire au sein des grandes universités (ULB, UCL, etc.). Quant aux blogs belges traitant d’intelligence économique, ils sont assez rares.

IE-L : Le développement de l’intelligence économique en Belgique est-il soutenu par des initiatives gouvernementales comme en France ? Ces initiatives sont-elles fédérales ou régionalisées ?

DYP : C’est le « calme plat ». À l’inverse de la France, l’Etat belge est relativement peu sensibilisé aux enjeux de l’intelligence économique. La raison en est d’abord culturel. Le sens du patriotisme en Belgique est relativement peu développé, la séparation entre les différentes communautés linguistiques y jouant pour beaucoup. Il est à regretter également que les Chambres de commerce et d’industrie sont également très peu actives dans le domaine de l’intelligence économique (territoriale ou industrielle), à l’exception peut-être de la Chambre de commerce et d’industrie du Hainaut, avec laquelle il m’arrive de collaborer.

IE-L : Quel est le rôle précisément de SIS Belgium (Société d’information stratégique), dont vous êtes membre fondateur ?

DYP : SIS Belgium (Société d’information stratégique) est une organisation professionnelle visant à promouvoir les intérêts des acteurs de la veille et de l’intelligence économique. Elle regroupe environ 40 personnes. Son rôle consiste aussi en une sensibilisation des entreprises belges aux enjeux de l’intelligence économique, via notamment des séminaires et journées dédiées à la formation aux rudiments de la veille et de l’intelligence économique.


Ouvertures

IE-L : Vous vous impliquez notamment dans la blogosphère d’intelligence économique au travers notamment avec Christian Vanden Berghen, de la gestion d’un blog dédié à la veille, Brainsfeed et de votre blog personnel Euresis. Quels blogs d’intelligence économique lisez-vous ?

DYP : C’est exact, bien que l’activité soit un peu ralentie en ce moment. En ce qui concerne mes lectures, je surveille les blogs d’intelligence économique francophones comme beaucoup d'autres, mais sans intérêt particulier. J’essaie plutôt de faire le tri parmi les centaines de fils RSS auxquels je suis abonné, à la recherche d'exemples et d'expériences concrets, en essayant de sortir de la francophonie.

IE-L : Merci beaucoup pour cette interview.

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