20 avril 2007

Focus sur le lobby turc en France (4) - Le lobbying des acteurs économiques français et turcs

Cet article est le quatrième du cycle de cinq articles consacré au lobbying turc en France.

Voici la liste des articles prévus :


Si la Turquie accuse un déficit d’image auprès de l’opinion française, ce qu’un chercheur appelle le syndrome « Midnight Express », elle n’en reste pas moins un partenaire économique de premier choix. De cette relation contradictoire, résulte la position ambiguë de la Turquie au sein du marché européen pris entre des forces centripètes (accords politico-économiques) qui tend à la maintenir au sein de la sphère européenne et forces centrifuges (réticence de l’opinion française) qui tend à différer le processus d’adhésion à l’Union européenne. Les acteurs économiques jouent donc un rôle majeur. Avec ses 66 millions de travailleurs-consommateurs, le marché turc ne peut en effet être négligé.

Voici la liste des acteurs économiques turcs faisant pression pour que les relations entre l’Union européenne et la Turquie s’améliorent :

  • L’Union turque des Chambres de Commerce et d'Industrie (TOBB)
  • L’Association des hommes d'affaires et des industriels turcs (TÜSYAD)
  • La Fondation pour le Développement Economique (IKV), une ONG soutenue par TOBB et TÜSYAD

Le rôle particulier de la TÜSYAD, puissante association laïque représentant les grandes entreprises turques

Parmi ces acteurs économiques, il est à noter le rôle éminent de la TÜSYAD, principal porte-parole des entreprises turques à l’Union européenne. Aussi, les milieux d'affaires turcs agissent, eux, au grand jour. Après avoir monté un bureau permanent à Bruxelles, en 1996, la TÜSYAD, équivalent turc du Medef, a créé une structure à Berlin et à Paris en début d'année. La TÜSYAD, qui a réussi à enrôler les entreprises françaises, travaille aussi les milieux politiques français. Certes, officiellement, l'UMP de Nicolas Sarkosy comme le PS de François Hollande ont pris leurs distances avec les partisans de l'intégration. Mais Ankara peut compter sur plusieurs ténors de la gauche française : Michel Rocard, Pierre Moscovici, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn et Daniel Cohn-Bendit. De même que sur deux sénateurs UMP : Robert Del Picchia et Hubert Haenel, auteurs d'un rapport très favorable sur « La Turquie et l'Union européenne ».

Voici la liste des acteurs économiques français faisant pression pour que les relations entre l’Union européenne et la Turquie s’améliorent :

  • Daniel Bernard (PDG de Carrefour). Le patron du groupe de distribution a choisi de faire de la Turquie un marché prioritaire : implanté depuis onze ans, Carrefour est le plus gros employeur français en Turquie, avec 4 000 salariés.
  • Feu Edouard Michelin, remplacé par MICHEL ROLLIER (PDG de Michelin). Signe qui ne trompe pas, c'est en Turquie que le patron du groupe pneumatique a choisi de lancer son nouveau slogan « Michelin, une meilleure façon d'avancer ».
  • Jean-Antoine Giansily (Chef de la mission économique française d'Istanbul). Ce proche de Jacques Chirac est la tête de pont du réseau des entreprises françaises et le meilleur avocat de la cause turque.
  • Frank Riboud (PDG de Danone). Le PDG de Danone a conforté sa place de n° 1 dans le pays sur le marché des produits laitiers frais, mais aussi de l'eau, pour un chiffre d'affaires global de 100 millions d'euros en 2003.
  • Louis Schweitzer (ex-PDG de Renault). Le l’ex-président du groupe n'a pas hésité à prendre la tête du Comité Turquie du Medef International. Renault est leader en Turquie avec plus de 16 % de part de marché.

Le rôle particulier de Jean-Antoine Giansily

Si l’on s’en réfère à un article de L’Expansion paru le 23 juin 2004, Jean-Antoine Giansily joue un rôle majeur dans le rapprochement de la Turquie et de l’Union européenne :

Ancien adjoint à la Mairie de Paris et ancien député européen, il est un inlassable avocat de la cause turque. Jean-Antoine Giansily décrit la Turquie comme un eldorado économique : il aime rappeler qu'en près de quinze ans le nombre des entreprises françaises implantées est passé de 15 à plus de 250. Parmi elles, Renault, Carrefour, Michelin, Servier, Danone... La plupart sont désormais n° 1 en Turquie. « Dans un pays dont la richesse nationale croît au rythme de 8 % par an, la marge de développement est considérable », assure cet homme de réseaux.

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