2 avril 2007

Focus sur le lobby turc en France (2) - Le constat d’un déficit d’image

Cet article est le second du cycle de cinq articles consâcré au lobbying turc en France.

Voici la liste des articles prévus :


L'origine de la défiance occidentale vis-à-vis du peuple turc remonte aux textes sacrés selon Stéphane Yérasismos, qui propose une généalogie de la "turcophobie occidentale". Celle-ci pourrait être à la source de l’hostilité française à une future adhésion de la Turquie, hostilité que semble relayer médias et partis politiques et partis politiques en France


Le syndrome « Midnight Express »




Si l’on s’en réfère aux travaux du professeur Stéphane Yérasimos[1] publiés sur le site Web Tête de Turc, il est possible d’établir une forme de généalogie de la turcophobie occidentale. Pour Stéphane Yérasimos, la turcophobie occidentale trouverait déjà ses origines dans une peur quasi-biblique, certains n’hésitant pas à assimiler les Turcs aux peuples mythiques de Gog et Magog évoqués successivement dans l’Ancien testament (« Ezéchiel », XXXVIII), le Nouveau testament (Apocalypse, XX, 8) et le Coran (XVII, 94). Au cours du XVIIIe siècle, l’empire Ottoman suscite autant l’admiration que la haine. Alors que certains s’ébahissent devant ce qu’ils imaginent être le royaume du luxe et de la luxure, les philosophes des Lumières, tels Voltaire ou Montesquieu, y dénoncent la barbarie d’un pouvoir tyrannique et arbitraire. A la fin de la Première guerre mondiale, la réputation de la Turquie s’est lourdement aggravée de son alliance avec les empires centraux. Une littérature raciste et haineuse, résultat en partie d’un lobbying grec et arménien, éclate au grand jour. Voici un des exemples de ce que l’on pouvait lire durant cette période, cité par Stéphane Yérasimos.

La mentalité occidentale qui est naturellement portée à envisager et à comprendre les choses d’après les données de son propre milieu se figure en parlant des Turcs et de la Turquie qu’elle parle d’une race spéciale, d’une famille humaine composée d’individus ayant une origine, une langue, une histoire, des coutumes, des traditions communes, bref, qu’elle parle d’une nation homogène ayant une patrie qui serait la Turquie. Or, ce n’est rien de cela, cela n’a jamais été et ne peut pas être.[2]


De nos jours, l’image de la Turquie continue de se dégrader avec le refus du gouvernement turc de reconnaître le « génocide » arménien et l’affaire chypriote, confortant l’image d’un peuple barbare, « en-deçà de l’humanité même ».

La France, opposée à l’adhésion de la Turquie à l’UE



Aussi, dans aucun autre pays de l’UE, l’hostilité à une future adhésion de la Turquie n’est aussi massive et aussi largement distribuée qu’en France, à droite comme à gauche. 75,3 % des Français voteraient à l’occasion d’un référendum contre l’adhésion de la Turquie, selon un sondage de l’institut Louis Harris pour AOL iTélé et Libération réalisé au surlendemain du feu vert donné par la Commission de Bruxelles à l’ouverture de négociations d’adhésion avec Ankara[3]. Toujours selon le même sondage, les sympathisants de l’UMP apparaissent très hostiles (75 %) tandis que les socialistes un peu moins (64 %). Si les retraités représentent sans surprise la catégorie socioprofessionnelle la plus turcophobe (83,7 %), les 18-24 ans sont en majorité pour l’adhésion (65,1 %), mais ce pourcentage plonge chez les 25-34 ans (22,4 %). Le « Non » français au projet de Traité constitutionnel européen du 29 mai 2005 s’explique en partie du fait de la confusion des enjeux ; un des motifs du refus français était la croyance que le projet de Traité constitutionnel européen ouvrirait la porte à une future adhésion turque, celle-ci étant un membre signataire.


Le rôle des médias français




Que dire des médias français, principaux relais, vecteur et générateurs d’opinions ? Il semble qu’il y ait une dichotomie dans la presse française. La presse nationale et économique (Le Monde, La Tribune, Les Echos) apparaît plutôt favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, à l’inverse de la presse régionale de type Ouest-France, tendant à se faire davantage le relais de l’opinion publique des petites gens, plutôt défavorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.
Une dichotomie que l’on semble également pouvoir observer dans l’opinion publique française. L’élite intellectuelle française, composée d’universitaires, de journalistes et autres penseurs, sont pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. A l’inverse toujours, une forte composante de la population française, moins éduquée et plus sensible aux arguments démagogiques des partis de droites et d’extrême droite sont majoritairement opposé à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne.


Les partis politiques français




Voici comment se positionnent les partis politiques français vis-à-vis de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne


Partis politiques français contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne

Les partis politiques de droite (UMP, Nicolas Sarkozy), centre-droit (UDF, François Bayrou) et d’extrême droite (FN, RPF, MPF, CPNT).


Partis politiques français pour l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne

Les partis politiques de gauche (PS), les Verts et l’extrême gauche (FO).


[1] Tête de Turc. Le site des amis de la Turquie, [En ligne]. www.tetedeturc.com (page consultée le 3 décembre 2005).
[2] V. MARAC, La Question de Turquie, "La Liquidation de la dette publique ottomane", Paris, L’Orient Illustré, 1919, p. 7-8.
[3] Selon un sondage Louis Harris – Libération, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 893 personnes, les 8 et le 9 octobre 2005.

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