12 février 2007

Lobbying et militantisme

Quatre autres articles sont également prévus :


Le marché du lobbying

Représenter un intérêt peut être une affaire de cœur ou de raison. Dans l’espace de la représentation d’intérêt, deux figures semblent aussi s’opposer, le militant et le lobbyiste. Pour pasticher Max Weber, si le lobbying était à l’origine une « vocation », il devient un « métier » à part entière.

Le militant, un engagement du coeur

Etymologiquement, le militant est celui qui, ayant fait don de sa personne, risque sa vie au service d’une Cause. Deux dimensions transparaissent nettement dans la définition du militant, une dimension militaire et une dimension quasi-religieuse. Le militant est totalement dévoué à son idéal, il est homo ideologicus. L’engagement peut être total, il n’est en tout cas jamais ponctuel ou partiel. Il ne se brise qu’à l’occasion d’une lente prise de conscience, rupture toujours douloureuse. Le militant est aussi celui qui prétend pouvoir aller jusqu’à se sacrifier sur l’autel de la Cause. Soldat de base, celui que l’on emploie pour les tâches.

Le lobbyiste, un engagement de raison

Le lobbyiste ne fait pas don de sa personne. Il représente les intérêts d’une cause parmi d’autre, il ne fait pas corps avec. A la logique « scandalisation » d’un militant d’une ONG quelconque, il oppose la médiation du conseil et l’« expertise ». « Chargé d’affaire temporaire », il pourrait aussi bien défendre la cause opposé comme le rappelle Michel Offerlé [2] dans l’ouvrage dirigé par Hélène Michel :

Ces deux positions polaires – lobbyisme-lobbyiste versus militantisme militant/permanent, s’opposent premièrement du fait de l’engagement (affirmé, induit ou supposé) dans la valeur de la cause défendue. Mais on ne peut a priori ostraciser le défenseur d’une cause économique sous prétexte qu’il s’agit là d’intérêts matériels ; et toutes savent se grandir au nom d’intérêts sociaux, nationaux ou moraux (préserver l’emploi, sauvegarder l’indépendance nationale, défendre la liberté). Deuxièmement, elles se différencient du point de vue de l’utilisation des moyens et des registres d’action mobilisés et mobilisant (l’expertise versus le nombre ou la scandalisation) ; mais on sait bien que nombre d’organisations peuvent se référer à plusieurs registres et qu’un même acteur peut être amené lui-même à en user alternativement. Elles se distinguent enfin par le type de lien qui attache et rattache ces deux professionnels aux instances dont ils dépendent. D’un côté un contrat, de l’autre un mandat. La professionnalisation de nombre d’organisations fondées sur un « engagement formellement libres » et que d’aucun dénoncent au nom du bénévolat, de l’attachement à la cause et à un mode de fonctionnement non-managérial, c’est aussi et peut-être d’abord la dominance de ce nouveau type de lien sur le lien militant antérieur. Et, inversement, l’intensité de l’engagement prôné par une certaine morale militante classique peut aussi posséder certains professionnels défendant en valeur et dans leur identité même, les intérêts qu’ils représentent.

Cependant, on aurait tord d’opposer radicalement ces deux activités, du point de vue des méthodes d’influence du moins, puisque le militant d’ONG tend à se professionnaliser, dans une optique de grasstops lobbying, tandis que le lobbyiste-conseil ou EU public affairs consultant instrumentalise désormais la société civile ainsi que l’illustre le tableau suivant :

Tableau : Typologie évolutive centrée sur les ressources

Lobbying professionnel

Militantisme citoyen

  • Le réseau de relations (grasstops lobbying)
  • Les ressources financières

  • Une base militante nombreuse (grassroots lobbying)
  • La capitale image du lobby « citoyen »

Processus de « maturation » du lobbying professionnel et du militantisme citoyen

  • Recherche de soutiens à la base et d’une amélioration de l’image ; logique du « pseudo » ou « astroturfing »
  • Pseudo-campagnes de relations publiques, pseudo-associations, pseudo-PME envoyées au Parlement européen, pseudo-événements

  • Grasstops lobbying, construction d’un réseau de relations (députés européens, journalistes, académiques, etc.)
  • Recherche d’un soutien accru des entreprises et collecte de fonds
  • Professionnalisation du lobbying, rémunération de certains membres actifs et recherche de stagiaires en sciences politiques



Par ailleurs, Michel Offerlé propose une excellente représentation schématique du lobbyiste et du militant.



[1]MICHEL, Hélène, Lobbyistes et lobbying de l'Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d'intérêts, Presses Universitaires de Strasbourg, « Sociologie politique Europe », 2006

[2]OFFERLE, Michel in Hélène MICHEL, Hélène, Lobbyistes et lobbying de l'Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d'intérêts, Presses Universitaires de Strasbourg, « Sociologie politique Europe », 2006, « Lobbyings / lobbyistes Militants / militantismes »

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