18 février 2007

L'assistant parlementaire

Voici le quatrième article sur la sociologie du lobbying inspiré de l’ouvrage dirigé par Hélène Michel, maître de conférences en sciences politique à l’Université Lille 2, Lobbyistes et lobbying de l'Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d'intérêts[1].

Cinq articles sont initialement prévus :


La « profession » d’assistant parlementaire souffre d’un paradoxe : relativement ingrate et méconnu, elle exerce cependant une fascination pour ces avantages en termes de « capital relationnel » susceptible d’ouvrir les portes d’un cabinet de conseil en lobbying ou d’un groupe d’intérêt.

De l'assistant parlementaire au représentant d'intérêt



En effet, au sortir d’un poste d’assistant parlementaire, il est commun d’intégrer un poste de qualité au sein d’un groupe d’intérêt, fonction de l’expertise acquise et du carnet d’adresse. Comme l’explique Sébastien Michon[2], attaché temporaire d’enseignement et de recherche à la faculté des Sciences sociales de l’Université Marc Bloch de Strasbourg, il existe une évidente porosité entre ces deux types de postes de l’action publique, « en particulier pour les jeunes entrants dans une carrière européenne qui enchaînent stage et contrats à durée déterminée et qui, en raison de cette précarité économique, sont relativement ouverts aux différentes opportunités professionnelles tout en restant fortement contraints dans leur choix ».

De fait, par leurs relations de travail, les assistants construisent et entretiennent des liens avec des lobbyistes, comme l’explicite une assistante souhaitant se réorienter, après son expérience au Parlement européen, vers des représentations d’entreprises ou des chargés d’affaires européennes : « A l’heure actuelle moi je développe des relations avec des gens sur des dossiers, dont certains qui on été menés à terme avec succès. Comme en plus, je ne suis pas que l’assistante, je suis vraiment la collaboratrice privilégiée de madame Y. (eurodéputée française), elle me laisse, si elle ne peut être là, elle me laisse recevoir les gens. […] On développe tout un réseau du coup » [Entretien, juin 2003][3]

A noter que les relations entre assistants parlementaires et lobbyistes peuvent être facilitées par un degré de connaissance suite à une scolarité dans les mêmes institutions ou encore en raison d’une proximité politique et d’un militantisme au sein d’une même organisation politique[4]
Ainsi, la rencontre entre lobbyistes et assistants parlementaires dans le cadre des activités parlementaires favorise le recrutement des assistants dans un emploi de lobbyiste. Toutefois, comme le rappelle Sébastien Michon[5], ce débouché demeure peu valorisé pour l’assistant « comme si son activité auprès d’un parlementaire tendait à l’intégrer de plus en plus aux institutions et à l’éloigner des métiers vus comme « périphériques », du moins dans l’idée qu’il se fait d’une carrière européenne ». Les assistants parlementaires semblent davantage privilégier une carrière au sein de la Commission européenne, accédant ainsi à la prestigieuse fonction publique européenne que la sécurité de l’emploi et le salaire rendent attractifs.

[1] MICHEL, Hélène, Lobbyistes et lobbying de l'Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d'intérêts, Presses Universitaires de Strasbourg, « Sociologie politique Europe », 2006

[2] MICHON, Sébastien, in Hélène Michel, Lobbyistes et lobbying de l'Union européenne : Trajectoires, formations et pratiques des représentants d'intérêts, Presses Universitaires de Strasbourg, « Sociologie politique Europe », 2006, p. 90

[3] Ibid., p. 103

[4] Sur les réseaux d’anciens du Collège de Bruges, notamment sur la place bruxelloise, voir Virginie Schnabel, « La mafia de Bruges » : mythes et réalités du networking européen », in Georgakakis (Didier) (dir.), Les métiers de l’Europe, p. 243-270

[5]Ibid.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

A l'Assemblée nationale, existe aussi le problème des assistantrs parlementaires par ailleurs embauchés ou rémunérés par des groupes d'intérêts ou des cabinets de lobbying de la place de Paris.

Autre point problématique : plusieurs cabinets de lobbying parisiens disposent aujourd'hui de badges de collaborateurs parlementaires, précieux sésames pour enttrée au Palais Bourbon ou au Palais du Luxembourg. Cette pratique tout simplement scandaleuse, résulte de l'absence d'accès transparent et régulé aux assemblées, contrairement à ce qui existe au Parlement européen.