26 janvier 2007

Nicolas Hulot, premier prix du lobbyiste politique

Qu’est qu’un lobbyiste politique ? Un lobbyiste politique peut être défini de la manière suivante : une personnalité jouant sur sa popularité pour faire pression sur les décideurs publics, avec l’aide généralement d’une puissante grass roots coalition cristallisé autour d’une fondation ou d’un réseau associatif très bien organisé. Parmi les Français les plus populaires, jouant de leur popularité, on peut notamment citer en fonction de leur de leur popularité si l’on s’en réfère à un classement réalisé par L’Internaute :

  • Zinédine Zidane, le français le plus populaire, parrain de l’Association européenne contre les leucodystrophies (ELA), et depuis 2001, Ambassadeur de Bonne Volonté du Programme des Nations unies pour le développement aux côtés de Ronaldo avec qui il organise depuis 2003, « Le Match contre la Pauvreté », un match de football qui réunit les plus grands noms du football et dont les fonds récoltés financent des projets de lutte contre la pauvreté à travers le monde
  • Le défunt abbé Pierre, fondateur proactif de l’association Emmaüs, très actif depuis l’opération de « relations publiques » « Hiver 54 »
  • Alain Prost, « M. Superéthanol », actuel président du rapport du groupe de travail sur le soutien au développement de la filière E85,David Douillet, proche du pouvoir et parrain de l’opération caritative « pièces jaunes » avec Bernadette Chirac


Nicolas Hulot et le lobbying



Mais c’est le cas Nicolas Hulot qui va nous intéresser. Toujours selon L’Internaute, qui le classe en dernière position derrière notre « Zizou national », les Français apprécient tout particulièrement la personnalité de cet homme « honnête et désintéressé » qui « inspire confiance et se bat pour une cause majeure » et « des valeurs essentielles ». Aussi, 87 % des Français ont une bonne opinion de Nicolas Hulot, selon le baromètre IFOP de décembre. C’est pourquoi, lorsque le conseiller « environnement » de Jacques Chirac annonça qu’il se présenterait à la présidentielle si les propositions de son « pacte écologique » n’étaient pas prises en compte par les candidats politiques, les Français lui affichèrent majoritairement leur soutien puisque 500.000 anonymes ont déjà signé son « pacte ». Auteur d’un un véritable chantage politique, Nicolas Hulot, qui porte également la digne casquette d’ « animateur de TF1 » en tant que présentateur de l’émission « Ushuaïa », aurait en quelques sortes effectué une OPA un électorat de plus en plus sensible aux thématiques écologistes, généralement situé à gauche. Ce dernier, après six mois intensifs d’un lobbying auprès des présidentiables, auteur selon lui d’un véritable « lobbying des consciences », prit finalement le choix le 22 janvier 2007 de ne pas se présenter en dépit de pressions fortes de certains élus et dirigeants associatifs, notamment ceux du WWF, qui le suppliaient de ne pas laisser passer l’opportunité de reconstituer une force écologique hors des clivages partisans habituels. Dans une moindre mesure, la décision de Nicolas Hulot soulage Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, inquiets d'un éparpillement des voix face à la montée du Front national. En fin de semaine, le candidat UMP a téléphoné à l’animateur de TF1, tandis que la candidate socialiste lui a directement demandé un entretien, dimanche 21 janvier au soir, comme le remarque Elise Vincent, journaliste au Monde. Préférant conserver son indépendance, le lobbyiste citoyen fit aussi le choix de ne soutenir ni les écologistes, ni les centristes, UMP ou PS. Bien qu’il renonce à se présenter, Nicolas Hulot ne va pas pour autant disparaître du paysage médiatique, puisqu’il entend continuer son lobbying et ce, notamment via la création d'un observatoire de la vie politique, sous tutelle de sa fondation.

Comme l'écrit Anne Bauer Anne Bauer, journaliste aux Echos : « les associations environnementales regroupées au sein du mouvement Alliance pour la planète surveilleront de près les propositions des candidats », dans le but aussi d’éclairer les députés, ceux « qui n’ont toujours pas compris que la somme des intérêts particuliers ne fait pas l'intérêt général ». Mais comment comprendre la puissance mobilisatrice de Nicolas Hulot ? Ce dernier est le héraut d’une valeur contemporaine et largement fédératrice. Quoi de plus concernant et méritant que la cause écologiste en effet, censée dépasser les clivages de toutes sortes (partisan, générationnel, etc.) ? La défense de l’Environnement relève en quelque sorte d’un intérêt global, mondial.

La dernière casquette de Nicolas Hulot est alors celle de l’issue manager. Si lissue management ou management des valeurs est d’abord l’apanage de la société civile et notamment des ONG, qui bénéficient en quelques sorte d’une odeur de sainteté, les thématiques de responsabilité sociétales et environnementales investissent progressivement le champ de l’entreprise désormais « citoyenne ». Il semble aussi que l’avenir du lobbying s’élabore dans le champ de l’éthique.

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