15 janvier 2007

Lobby Planet. Explorez le paradis du lobbying des entreprises

Lobby Planet est une étude publiée par l’ONG européenne de surveillance du lobbying d’entreprise CEO (Corporate Europe Observatory). Véritable introduction au cœur du lobbying d’affaire à Bruxelles, ce guide initie en 17 étapes le profane au travers de la capital européenne, nous y indique les adresses stratégiques des organisations et des agences les plus influentes et nous y présente leurs grandes campagnes de ces dernières années. Comme le blog germanophone LobbyControl le souligne, c'est un pas de plus, certes initié par le monde des ONG, vers une plus grande transparence de cette activité sulfureuse.

La publication d’un guide d’introduction au lobbying bruxellois par l’ONG Corporate Europe Observatory a l’extraordinaire mérite de mettre en lumière les lobbies bruxellois, et peut-être aussi de faire sortir de l’ombre les pratiques de lobbying, longtemps associé à un « obscur trafic d’influence ». C’est qu’en dépit de l’influence croissante des milieux d’affaires sur la politique en général, le monde du lobbying d’entreprise demeure essentiellement méconnu du grand public.

Corporate Europe Observatory, « l’Observatoire de l’Europe des Entreprises » en français, se décrit bien volontairement comme étant « un groupe de recherche et d’information basé à Amsterdam qui étudie les pressions économiques, les pressions politiques et les menaces qu’exercent les grandes entreprises et leurs groupes de lobbying sur la démocratie, la justice sociale et l’environnement ». Cette ONG européenne, « préoccupée par l’impact en termes de démocratie et de qualité des législations sociales et environnementales du contrôle des entreprises sur la politique européenne », s’efforce de mettre à jour depuis 1997 les pratiques du lobbying à Bruxelles. A noter, point très intéressant pour les étudiants en lobbying en recherche de stage ou d’emploi, que depuis quelques années, Corporate Europe Observatory organise des visites guidées à travers le quartier européen à Bruxelles, une fois par mois environ, afin d’initier les curieux au monde discret du lobbying d’affaires à Bruxelles.

Bruxelles n’est pas seulement la capitale de l’Europe, elle est aussi celle des lobbyistes. Au cœur du quartier européen, dans une zone de quatre kilomètres carrés située entre l’Avenue des Arts et le Parc du Cinquantenaire se situe alors les bureaux des institutions européennes, « l’écosystème florissant des marchands de pouvoir cherchant à s’établir à proximité de leur objet de négoce ». Aujourd’hui, la grande majorité des 15.000 personnes qui y vivent sont aussi des eurocrates à très hauts revenus. Pendant les heures de travail, cependant, la population atteint 85.000 personnes, éparpillées dans les milliers de bureaux que compte le périmètre. Pratiquement parlant, e moyen le plus simple de se rendre au cour du quartier européen est de prendre le métro (Ligne 1A ou 1B) jusqu’à la station Schuman.

Si l’on s’en réfère au guide, le nombre précis de lobbyistes exerçant à Bruxelles n’est pas connu, mais est estimé à 15 000. « Plus de 70% d’entre eux travaillent directement ou indirectement pour des intérêts industriels, 20% représentent les intérêts des régions, des villes et des institutions internationales et seuls quelques 10% représentent des organisations non-gouvernementales (syndicats, organisations de santé publique, groupes de défense de l’environnement) ».

Toujours selon Lobby Planet, les firmes de relations publiques et de communication – dont les 5 plus grosses sont (par ordre alphabétique) APCO, Hill & Knowlton, Fleishman-Hillard, Weber Shandwick et Burston-Marsteller – emploient plus de mille personnes à Bruxelles. « Ces firmes de consultance en lobbying sont embauchées par des groupes industriels ou des entreprises pour faire pression sur les fonctionnaires européens ou pour fournir à leurs clients des conseils stratégiques, des études et des rapports ».

C’est aussi l’occasion d’effectuer un petit zoom sur la Rue Wiertz (page 22 du guide), lieu par excellence des lobbyistes d’affaires. Plutôt que de se perdre dans un long commentaire, je vous propose l’excellent extrait qui y est consacré.

Le petit arbre discret planté sur le rond-point à côté des façades de verre du Parlement européen rue Wiertz a une histoire à raconter. Comme vous pouvez le lire sur la stèle, cet arbre a été planté en 2001 par la Society of European Affairs Professionals (SEAP, Société des Professionnels des Affaires européennes), le groupe des lobbyistes professionnels à Bruxelles. En plantant cet arbre à un emplacement si remarquable, la SEAP voulait sans doute rendre hommage au rôle-clé du lobbying dans les décisions de l’UE.

Mais cet arbre était peut-être aussi une tentative des lobbyistes d’améliorer la réputation détestable de leur profession. L’énorme complexe Espace Léopold

qui abrite le Parlement européen compte déjà 700.000 m² de bureaux. Mais avec l’élargissement de 15 à 25 membres, le bâtiment n’est plus assez grand et une nouvelle aile est en construction du côté de la place du Luxembourg. Passez devant l’entrée du Parlement (pas la statue de l’Euro à votre gauche) et poursuivez votre chemin en remontant la rue Wiertz. L’immeuble de bureaux anonyme au numéro 50, juste à droite du Parlement européen, abrite notamment Weber Shandwick. Avec ses 55 employés et ses 4 accréditations au Parlement, c’est l’une des plus grosses firmes de relations publiques de Bruxelles. Dans ce même bâtiment on trouve également l’International Council for Capital Formation, qui est la filiale d’un think-tank américain luttant contre la mise en place de législations environnementales qu’il considère comme nuisibles à la bonne marche des affaires.

En mars 2004, la SEAP envoya une lettre au Président du Parlement européen pour se plaindre du nombre trop limité de sièges et d’écouteurs pour les lobbyistes. Cette anecdote reflète l’augmentation régulière du nombre de lobbyistes auprès du Parlement ces dix dernières années. Parmi les 15.000 lobbyistes présents à Bruxelles, 3.500 sont accrédités auprès du Parlement européen et disposent d’un laissez-passer permanent pour l’ensemble des bâtiments. Parmi tous ces lobbyistes (la liste des noms et des organisations est accessible sur le registre en ligne du Parlement), il y a six fois plus de lobbyistes opérant pour des intérêts industriels que de représentants d’ONG. Le lobbying est devenu une partie intégrante du processus législatif au Parlement, à tel point qu’une part substantielle des résolutions et amendements est préparée par les lobbyistes. Au cours d’une formation pour lobbyistes, Chris Davies, parlementaire libéral-démocrate affirmait : « J’ai besoin des lobbyistes, je dépends des lobbyistes ». Il expliquait que, en tant que membre du Parlement européen, il ne pouvait faire face à la surcharge de travail et à la complexité des problèmes figurant à l’agenda qu’en utilisant des contributions des lobbyistes, y compris des amendements spécifiques de l’industrie à la législation proposée.

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