10 décembre 2006

L'AFDEL, contre l'intérêt général

« Un spectre hante la France », celui du logiciel libre. Alors qu’un climat favorable au développement du logiciel libre gagne l’Etat français, une association d’éditeurs "indépendants", l’AFDEL, regrette ce choix discriminant envers les solutions open-source.


Alors que sous l’impulsion de Bernard Carayon, l’Assemblée nationale, « maison du peuple souverain », migre vers une solution open-source du système d'exploitation (GNU/Linux) aux applicatifs (le navigateur web Firefox, la suite bureautique OpenOffice.org ainsi qu’un client de messagerie), l’« Association française des éditeurs de logiciels » (AFDEL), déplore que l’État soit favorable au développement du logiciel libre, et tout particulièrement à la création d’un pôle de compétitivité dédiée.


Cette association créée en octobre 2005, censée représentéer l’ensemble des éditeurs de logiciels en France, n’est en fait qu’un groupe d’intérêt représentant les solutions propriétaires.
En témoigne ses positions récentes, tel que le refus de participer à « Paris, Capitale du Libre » le 26 juin 2006, événement co-organisé par la Mairie de Paris et l’ASS2L, incarnation socialisante du « fantasme libertaire d’un logiciel libre émancipateur », ou la publication d'une une étude biaisée sur l’état de l’industrie des logiciels en France (le logiciel libre ne créerait aucune « valeur » technologique ou économique et le business model des logiciels propriétaires lui serait « supérieurs »).


Si l'on creuse plus profond, on s'aperçoit aussi que l’AFDEL n’est qu'une déclinaison française de l’ « European Software Association » (ESA), principal groupe d’intérêt des éditeurs de logiciels propriétaire et promoteur notoire de la brevétabilité des logiciels à Bruxelles, regroupant parmi ses membres Microsoft ou SAP. Unique en son genre, l'AFDEL tranche au sein du paysage associatif français dans le domaine de l’édition du logiciel, un paysage largement dominé par les LUGs (Linux Users Group), à savoir un regroupement d’utilisateurs de logiciels libres. Parmi les LUGs les plus connus, on peut citer auss les suivants : Parinux à Paris, l’ABUL à Bordeaux (Association bordelaise des utilisateurs de Linux), COAGUL (Association Générale des Utilisateurs de logiciels libres en Côte-d'Or), EPPLUG (les Eleveurs de Pingouins Picards), etc. C’est que la communauté du « Libre » est très présente en France où l’on recense au moins un LUG par région. Au sein de la société civile, l'AFDEL tranche aussi évidément avec les associations promotrices du « libre » tel que l’AFUL (Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des Logiciels Libres), l’APRIL (Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre), la FSF (Free Software Foundation) et la FFII France dans une certaine perspective.


Le problème est l'AFDEL pose en « interlocuteur » privilégié de l’Etat et principal contradicteur des associations de défense et de promotion du logiciel libre en France qui peinent encore à communiquer avec l’administration française (voir le cas édifiant du projet de loi DADVSI). Cependant, l’AFDEL ne semble pas représentative des intérêts des éditeurs de logiciels français, tout autant que des utilisateurs. Plus grave, elle constitue un exemple paradigmatique de la manière dont un lobby peut s’opposer à la réalisation du bien commun par des manœuvres d’influence typiques d’un grasstops lobbying (lobbying priviligiant les logiques de réseaux avec de puissants appuis financiers) dissimulé derrière un artificial grassroots lobbying que le statut d’association française loi 1901 lui confère (prétention à une importante représentativité, organisation de pseudo-événements, publication de rapports d’expertise biaisés, etc.)


Entendons-nous bien, l’AFDEL ne représente cependant qu’une tendance minoritaire et qui tend à s’opposer à la réalisation de l’intérêt général si l’on s’en réfère aux prises de positions récentes de Bernard Carayon et Richard Cazenave, pour qui le développement de solutions open-source relève du bien commun national :

Le choix du logiciel libre correspond pour nous à des objectifs qui relèvent de l'intérêt général : la sécurité nationale en ce qui concerne les équipements publics des secteurs sensibles, et la sécurité des systèmes d'information des entreprises grâce à la publication des codes sources ; l'allègement du coût des équipements informatiques publics et le transfert de la valeur ajoutée vers des prestataires français et européens ; le développement d'une offre concurrente, notamment française et européenne, libre et réellement interopérable, s'appuyant sur une communauté de développeurs particulièrement dynamique en France comme en Europe ; la mobilisation, au service du bien commun, des savoir-faire des chercheurs, des entreprises et d'un nombre croissants d'individus convaincus que « le partage du savoir est un multiplicateur de croissance (Koïchiro Matsuura, directeur général de l'Unesco, Le Figaro, 27 septembre 2006)

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Saviez-vous que Microsoft, qui a été condamné par la Commission européenne n'a toujours rien versé à ce jour??

Cependant, suite à sa condamnation Microsoft à concédé une passerelle avec linux dans son nouveau Vista.

Mais, la société de Bill Gates se garde bien d'en faire la Pub.

www.ieluxury.fr

ie-lobbying a dit…

La promotion de l’interopérabilité en Europe est un enjeu éminemment stratégique comme en témoigne la peine de 280,5 millions d’euros infligés à Microsoft par les instances européennes en vertu du refus de la firme du Vermont de communiquer des informations à ses concurrents concernant le futur environnement Windows. L’extraordinaire lobbying mis en œuvre par Microsoft à Bruxelles, et dont Neelie Kroes, Commissaire européenne à la concurrence, semble avoir fait les frais, illustre tout à fait la dimension stratégique de l’interopérabilité.

Aussi, l'annonce d'une interopérabilité future entre les systèmes Windows et Linux est stratégique. Cet accord surprise commercial et technique entre Microsoft et Novell rapproche deux mondes antagonistes, Windows et Linux, et, ce faisant, ouvre les portes du gigantesque écosystème Windows à SUSE Linux Enterprise et celles de l'open source à Microsoft