11 septembre 2006

Les enjeux de la politisation du logiciel libre


Ceci est le récit personnel de ma participation à l’événement « Paris, Capitale du Libre » (26 juin 2006) [1]. Il est certain que l'événement date. Cependant, en me remémorant ce salon, j'observe une tendance qui se confirme, à savoir la politisation du mouvement du logiciel libre.

« Paris, Capitale du libre » est un événement co-organisé par la maire de Paris et l’association ASS2L (Association des Sociétés de Services en Logiciels Libres) au Palais Brongniart le Lundi 26 Juin 2006 visant à échanger autour des enjeux stratégiques, politiques et économiques des logiciels libres. Ainsi, François Dagnaud, adjoint à la mairie de Paris, mit l’accent sur l’importance du développement des logiciels libres au sein de l’administration parisienne. A noter que de nombreux hommes politiques socialistes étaient présents, ces derniers considérant le mouvement du « libre » comme un modèle social de collaboration. Académiciens (Michel Cosnar de l’INRIA, Institut national de recherche en informatique et automatique), associations (Frédéric Couchet, représentant l’APRIL et la FSF), professionnels (Christian Chevalier de Sun et Jean-Pierre Laisne d’ObjectWeb) et représentant d’institutions (Pascal Drabik à la DG société de l’information et média) étaient également représentés.

Je fus dépêché seul à « Paris, Capitale du libre ». L’intérêt de la FFII cet événement était la présence bien sûr de Michel Rocard, rapporteur de la directive sur « la brevétabilité des inventions mises en œuvre par ordinateur ». Il insista tout particulièrement sur l’importance de la libre circulation des idées et se déclara sans surprise pour un renforcement du pouvoir du Parlement européen. Ce fut notamment l’occasion, à la fin de sa présentation, de lui poser publiquement une question sur les menaces futures concernant la brevétabilité du logiciel et d’éclairer l’audience sur l’EPLA, projet de traité intergouvernemental susceptible de légaliser les brevets logiciels délivrés par l’Office européen des brevets.

Mais ce qui est le plus frappant, au sortir de cet événement, c’est sans conteste sa politisation. Si l’on considère le mouvement du logiciel libre comme un mouvement social porteur d’enjeux politiques, alors il est possible de parler d’appropriation politique de la part des deux grandes tendances. Ici, l’appropriation se fait ex post. Organisé par la mairie de Paris, cet événement était en effet clairement politisée à gauche : outre la omniprésence de l’administration parisienne, tous les élus présents étaient membres du Parti socialiste.

On eut aussi le droit au discours sur le « modèle éthique et social intrinsèque » au développement du logiciel libre, comme si la gauche tentait de s’approprier cet enjeu pour en faire un futur sujet de campagne. Il était même question de promesse : dans les dix ans à venir, plus de 60 000 emplois liés à la thématique du logiciel libre seraient créés. Dans tous les cas, la mairie de Paris s’est nettement vantée d’équiper tout ces fonctionnaires en solutions open source. A noter que Vincent Feltesse, maire de Blanquefort et secrétaire national du PS aux TIC, est un des premiers à avoir équiper son administration et offerts aux administrés de sa communes des solutions open source.

Si cet événement fait clairement l’objet d’une politisation, la droite n’est pas en reste. Ainsi, Bernard Carayon, député de l’UMP et auteur en juin 2003 du fameux rapport « Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale », s’est également associé à la défense du logiciel libre en reprenant ici la thématique gaullienne de la « souveraineté » informationnelle et de l'indépendance technologique). C’est ainsi que la droite devrait également s'approprier ce sujet de campagne.

Pour la gauche comme pour la droite, c’est l’occasion de proposer un modèle alternatif à celui des Etats-Unis. C’est que l’Europe concentre la majorité des développeurs de logiciels libres alors que les Etats-Unis représentent davantage le monde du « propriétaire ».

Dans tous les cas, il est à parier que l’enjeu des logiciels libres s’inscrira à l’agenda 2007 de la campagne présidentielle.

[1] « Paris, Capitale du Libre ». Le site Web de l’événement, [en ligne]

1 commentaire:

Anonyme a dit…
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