31 août 2006

Définition du lobbying (3/3) : Le lobbying comme alternative réaliste au retrait du politique et à la complexification des espaces décisionnels

Voilà mes conclusions sur l'activité de lobbying, que j'ai tenté de définir au moins à trois niveaux : légal, social et politique.

Conclusion : le lobbying, activité plurielle et ars combinatoria de la communication, s’impose lentement comme une alternative réaliste face au retrait du politique et à la complexification croissante des espaces décisionnels contemporains.

D’un point de vue simplement conceptuelle, il s’agit de dépasser le paradigme de compréhension idéaliste de la démocratie, véritable matrice des préjugés à l’égard du l’activité de lobbying en général, et aussi le réductionnisme légaliste, qui comme son nom l’indique, n’offre qu’une vue partielle de la nature du lobbying.

D’un point de vue pratique, il s’agit de définir l’art du lobbying en tant que tel. Tenant à la fois d’un Jean Pic de la Mirandole et de Nicolas Machiavel, le lobbyiste contemporain doit combiner une culture large et un art machiavélien de l’influence. C’est qu’aujourd’hui, la décision publique s’exprime sur des dossiers complexes, les centres de pouvoir sont nombreux et parfois concurrents. Les mondes de la politique, de l’administration, des milieux associatif ou médiatique et de l’entreprise ne parlent pas toujours la même langue.

Dans ce contexte mouvant, le rôle du lobbyiste est celui d’un « intermédiateur » entre ces mondes qui souvent s’ignorent. Sa connaissance des rouages de la décision publique en fait un conseil utile pour bâtir une stratégie et faire valoir ses positions. D’ailleurs, devant la complexification et la multiplication des enjeux, les responsables publics sont souvent demandeurs de ces éclairages extérieurs sur l’impact potentiel de leurs décisions.Malgré ses méthodes peu orthodoxes, les lobbies apparaissent comme des acteurs incontournables de nos jours, tant pour leur travail d’expertise que leur rôle de clarificateur des enjeux publics.

Lobbyistes-éclaireurs, lobbyistes-manipulateurs, ces hommes de l’ombre participent tout autant d’une certaine effectivité démocratique que d’une redéfinition des voies démocratiques.

D’un point de vue politique, l’activité de lobbying s’inscrit dans un jeu concurrentiel de l’influence entre différents acteurs, institutionnels, marchands et civiques. Les groupes de pression, nouveaux acteurs de la médiation politique, doivent pouvoir s’épanouir dans la démocratie libérale pluraliste. C’est dire qu’une « démocratie des corporations » participerait paradoxalement d’une forme nouvelle effectivité démocratique, envers et contre l’idéalisme démocratique. C’est que l’Etat est un système de médiation ; abandonnons le rêve d’une immédiation douteuse entre les représentants et le peuple, au risque de faire le jeu du populisme, défini ici prétention à représenter directement le peuple par-delà toutes médiations inutiles tels que les partis politiques ou les groupes d’intérêt. La notion de représentation implique la notion même de médiation. Démocratisation rime donc avec intermédiation ou processus de mise en rapport. Si la politique est bien un « art de la compromission », autrement dit de la conciliation, elle est aussi œuvre de médiation et d’institutionnalisation de cette médiation, les groupes intermédiaires en l’occurrence, comme le suggère Raymond Hudon[1]. Non pas annulation de la différence, simple production du même, la politique médiatise l’immédiat et intègre la différence. S’agirait-il de déposséder le citoyen de ses capacités d’intervention politique au profit d’une incertaine rationalité technicienne ? L’élitisme démocratique est tentant, mais absolument parlant, antidémocratique… L’idée, bien au contraire, consisterait dans un pluralisme de l’expertise et de la décision entre les différents groupes d’intérêt. D’où, la nécessité d’une institutionnalisation authentique du lobbying, et de sa réglementation consécutive. Demeure donc le problème du « flou » juridique, préjudiciable à une véritable institutionnalisation de l’activité pour le moins informelle du lobbying. Une reconnaissance sociale du lobbying semble devoir préluder à une véritable reconnaissance légale du lobbying, complétée alors d’un code pénale. Ce processus participerait d’une « rupture des cadres d’expérience » de l’opinion, comme l’écrit David Snow[2], et d’un dévoilement de l’ « hypocrisie structurale » [3] jetant le tabou sur les pratiques du lobbying, selon l’expression de Pierre Bourdieu. Autant dire que la lutte se situe d’abord au niveau des représentations collectives. En attendant une législation effective, l’encadrement éthique fournit cependant un substitut bien incertain à l’encadrement du lobbying.

[1] HUDON, Raymond, « Rationalité technique et gouvernementale et aspiration démocratique » in Communication au colloque Médiation et politique, octobre 2003.
[2] SNOW, David, « Frame Alignment Processes, Micromobilization and Movement participation » in American Sociological Review, avril 1986.
[3] BOURDIEU, Pierre, Le sens pratique, Paris, Minuit, 1980.

3 commentaires:

mroussin a dit…

bonjour,

aves vous un fil rss ?

ie-lobbying a dit…

Site Feed URL http://ie-lobbying.blogspot.com/atom.xml

mroussin a dit…

merci