28 juillet 2006

Le concept d'open-lobbying

La légitimité de l'activité de lobbying en France, cet "obscur trafic d'influence", est loin d'être acquise. Cependant, il existe plusieurs formes de lobbying et en cela, diverses pratiques de l'influence.

Lobbying marchand et lobbying associatif


J'aimerai aussi attirer l'attention sur le lobbying particulier des organisation non-gouvernemental (ONG) et du monde associatif en général. A l'inverse du lobbying "marchand", lobbying financier discret orienté vers les praticiens du pouvoir (grasstop lobbying), le lobbying des ONG, à forte base militante (grassroot lobbying) s'appuyant généralement sur une utilisation massive des médias et notamment du Web, fait largement oeuvre de transparence, favoriser par le libre accès à l'information.

Pour citer l'exemple particulier de la FFII (Forderverein für eine Freie Informationelle Infrastruktur eV), ONG du secteur du logiciel au sein de laquelle j'effectue mon stage, il est même possible de parler d'"open-lobbying".

Qu'est-ce que l'open-lobbying ?


Par ce nouveau paradigme, il faut aussi entendre la production et diffusion d’informations totalement accessibles. Non seulement l’infrastructure informationnelle de la FFII est une plateforme libre et indépendante mais la majeure partie de la production de la FFII est librement accessible en ligne et ouvertement contestable.

Ce qui fait intrinsèquement de la FFII une source ouvert, c’est donc l’utilisation privilégiée d’une infrastructure informationnelle libre fonctionnant sur le mode de l’open source. L’utilisation de logiciel libre offre de nombreux avantages : outre l’évidente gratuité, c’est aussi la maîtrise du code source librement consultable, autorisant une forme de transparence technologique garante de l’indépendance de l’infrastructure informationnelle.

Mais outre l’ « ouverture » des outils de communication, c’est bien évidement de la qualité information produite par la FFII, majoritairement accessible sur le Web et fonctionnant sur le principe du Wiki (chacun peut participer à l’élaboration de ces pages Web). L’information produite fonctionne donc sur le principe de la falsifiabilité ou réfutabilité, pour reprendre un concept cher à Karl Popper[1] : elle s’expose ouvertement à la critique et ne peut donc être accusée de désinformation.

L’éthique habermassienne de la discussion



Pour revenir au concept d'open-lobbying, ce dernier s’inscrit plus loin dans l’éthique habermassienne de la discussion. Jürgen Habermas développe en effet l’idée d’un principe de discussion susceptible de remplacer l’impératif catégorique. L’éthique en matière de discussion, de communication et de débat est une réflexion sur les conditions de possibilités minimales de compréhension mutuelle des hommes en situation d'échange verbal. Elle a pour but de formuler les normes qui doivent permettre à un débat de se dérouler de manière satisfaisante et d’établir si possible les fondements de ces normes. Nous déterminons si une règle de conduite et d’action ou un comportement sont moraux par une discussion qui doit ressembler autant que possible à une situation de liberté de parole absolu et de renoncement aux comportements « stratégiques ».

Les conditions de rationalité et d’ouverture d’une discussion sont au nombre de quatre.


  1. Privilège de la raison sur la passion, de la raison communicationnelle sur le comportement stratégique et intéressé.
  2. Recherche authentique de la vérité, à l’opposition de toute mauvaise foi ou langue de bois
  3. Ecart de l’usage de la sophistique et refus du silence sceptique.
  4. Etablissement initial des conditions universelles de possibilité d’un débat.

En un certain sens, l’open-lobbying de la FFII se réapproprierait ces conditions et participerait d’un idéal de transparence et de recherche authentique de la vérité. Premièrement, du fait de l’usage d’une plateforme ouverte grâce au langage de programmation utilisé (Wiki, Moin Moin). Secondairement, du fait de la fiabilité et de la réfutabilité de l’information diffusée, ouverte et contestable. Cependant, voir dans le discours de la FFII l’incarnation d’une « raison communicationnelle », c’est peut-être aussi oublier que la FFII est d’abord et avant tout un groupe d’intérêt. D’où la nécessité de garder un recul critique.

Maintenant, une question me taraude. A quoi pourrait ressembler une pratique "ouverte" de intelligence économique définie, rappelons-le, comme activité de collecte, de traitement et de diffusion de l'information. Or, un des critères mesurant la valeur d'une information, c'est aussi sa rareté, le fait que peu de personne la détienne. Il semble problématique, voire impossible, de conjuguer l'objectif revendiqué de transparence et la nécessité d'une protection de l'information. Le sujet vaut cependant la peine d'être creusé, notamment pour ce qui est de l'utilisation logiciels servant l'intelligence économique (vers une infrastructure informationnelle ouverte).

[1] POPPER, Karl Raimund, La Logique de la découverte scientifique, Payot, 1973

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